Αρχείον Ιωάννου Καποδίστρια, τ. ΣΤ΄

Τίτλος:Αρχείον Ιωάννου Καποδίστρια, τ. ΣΤ΄
 
Εκδότης:Εταιρεία Κερκυραϊκών Σπουδών
 
Συντελεστές:Κώστας Δαφνής
 
Έτος έκδοσης:1984
 
Σελίδες:322
 
Θέμα:Κείμενα (1819-1822)
 
Χρονική κάλυψη:1815-1822
 
Περίληψη:
Στον ΣΤ' Τόμο δημοσιεύονται τα κείμενα του Καποδίστρια που αναφέρονται στα χρόνια 1819, 1820, 1821, 1822. Ο αύξων αριθμός των εγγράφων είναι ενιαίος με εκείνο των εγγράφων του Ε' τόμου, δεδομένου ότι αποτελούν μια ενότητα. Αναφέρονται όλα - υπομνήματα, εκθέσεις, εγκύκλιοι, επιστολές - στη διπλωματική δραστηριότητα του Καποδίστρια ως υπουργού Εξωτερικών της Ρωσίας στα χρόνια 1815-1822.
Την ολοκλήρωση της δημοσίευσης των κειμένων της περιόδου αυτής συνοδεύουν σύντομες σημειώσεις, που διαγράφουν συνοπτικά το πλαίσιο της πολιτικής κατάστασης της Ευρώπης, μεταξύ 1819 καί 1822, μέσα στο οποίον κινήθηκε ο Καποδίστριας, πίνακας των εγγράφων των δύο τόμων με κατατοπιστικές περιλήψεις και ευρετήρια κυρίων ονομάτων, ώστε η έκδοση να είναι απόλυτα χρηστική. Εκτενής διεθνής βιβλιογραφία, όπου αναγράφονται εξαντλητικά πηγές και δημοσιεύματα, παρέχουν τη δυνατότητα στους ενδιαφερόμενους για μια γενικότερη θεώρηση, με αφετηρία πάντα τα Καποδιστριακά κείμενα, της ευρωπαϊκής ιστορίας σε μια κρίσιμη φάση εθνικών, πολιτικών και κοινωνικών μετασχηματισμών.
Σημειώνουμε ότι βασικό κείμενο για την πιο άνετη προσπέλαση των κειμένων της δημόσιας δράσης του Καποδίστρια είναι η «Αυτοβιογραφία» του, η οποία δημοσιεύθηκε στον Α' Τόμο του Αρχείου. Ανεξάρτητα από τις οποιεσδήποτε σκοπιμότητες, που δέσμευαν την απόλυτα ελεύθερη έκφραση των απόψεων και σκέψεων του Καποδίστρια σχετικά με πρόσωπα και γεγονότα, το κείμενο αυτό μας δίνει τη γραμμή πλεύσης για την αποκρυπτογράφηση των ενεργειών και κινήσεων του υπουργού της Ρωσίας κατά το χειρισμό καίριων θεμάτων.
 
Κ. ΔΑΦΝΗΣ
 
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L’éducation littéraire n’est cependant pas la seule dont nous avons besoin; la patrie en reclame un autre. C’est de la morale dont il est question.

L’éducation morale doit se proposer pour objet de mettre d’une part en évidence les hommes dignes du respect et de la confiance de la nation, et d’habituer de l’autre graduellement la nation à respecter, à écouter, à croire à ces hommes.

Si les époques où tout promettoit à notre patrie l’ avenir le plus honorable et le plus heureux sont passées en emportant avec elles nos meilleures espérances, c’est que les hommes dont cette patrie, devait se composer, n’ étaient pas encore faits ni pour écouter la voix auguste de la vérité ni pour être écoutés de la masse de nos concitoyens: peu de lumières, nulle expérience, point d’usage du monde et moins encore de moeurs, constituait toute notre patrimoine d’alors. On existe mal dans cette pauvreté de moyens lorsqu’on est au milieu d’un état de choses habituelles; comment donc prétendre d’en sortir, ou d’en créer un qui soit meilleur?

L’homme qui vient de secouer le joug, peut porter rapidement son esprit à des conceptions libérales, mais pour rendre ces idées pratiquées it faut plus, il faut que le coeur de cet homme soit doué d’une bienveillance éclairée, telle que cette que nous est enseignée par l’ Evangile: hors de là point du bien réel.

Ou les conceptions libérales restent dans le monde des abstractions, et alors elles demeurent sans effet; ou bien elles deviennent l’ instrument de l’ ambition, et de l’ intérêt personnel; alors elles perdent tous leurs attraits, au lieu de se faire chérir elles se font détester par le peuple; sa civilisation ne peut plus avancer; elle recule.

Rendons nous compte loyamment des évènemens qui remplissent la moitié de notre siècle; déscendons avec recueillement dans le fond de nos consciences; serutons celles de nos compatriotes qui se sont trouvés à même de nous rendre quelque service, et qui ont manqués les belles et grandes occasions de s’en acquitter, et nous serons profondement convaincus que, moins de l’ ignorance d’un part et ce défaut de caractère morale de l’autre, les hommes les plus distingués parmi nos pères favorisés par les circonstances de leurs temps, nous auraient légués des destinées moins problématiques, et l’amélioration progressive de notre sort.

Cette amélioration néanmoins commence? son élement principal consiste dans le crédit qu’ont eu parmi nous, depuis quelques années, les vérités que nous venons de retracer. Il s’ agit maintenant de cultiver avec suite et sagesse cette heureuse tendance de nos compatriotes, et de la porter graduellement à des résultats satisfaisants.

Un des moyens qui se présente pour ainsi dire spontanément à l’esprit, c’est celui d’associer à cette grande oeuvre les efforts des plus éclairés et des mieux

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pensants parmi les Grecs. Cette association semble exister, elle est dans la lettre, comme dans l’esprit de la fraternité Chrétienne; quelque soit le caractère profane dont on peut vouloir la revêtir, il est à desirer que cette association ne s’ écarte point du bût que nous avons signalé plus haut, et sur lequel il importe encore de fixer l’attention. Nous le répétons, c’est de l’ éducation morale et littéraire de la Grèce que les Grecs doivent s’ occuper uniquement et exclusivement; tout autre objet est vain, tout autre travail est dangereux.

Le point de départ, comme de centre de l’ éducation morale, ne peut être que l’institution du clergé; le nôtre n’est point institué, faute de moyens; en les lui procurant on remplira une belle tâche. Nous réduisons ces moyens aux suivans:

1. A procurer aux diocèses principales, les Evêques et Métropolitains les plus instruits et les plus exemplaires par la pureté de leurs moeurs.

2. A engager ces prélats indirectement à favoriser dans le cercle de leur jurisdiction les progrès des écoles publiques; à titre d’aumôue on pourrait leur en fournir les moyens pecuniaires.

3. A leur démontrer l’ importance majeure du service qu’ils pouvaient rendre à la patrie, en administrant dans leurs jurisdictions respectives la justice avec une sévérité scrupuleuse et un désintéressement à toute epreuve.

L’ autorité immense de l’ Eglise renforcée de cette manière, deviendra la sauvegarde de la nation. Elle sera, seule elle peut-être, le berceau de son avenir. Si l’on voulait developer cette idée il serait facile de démontrer jusqu’ à l’ évidence, que c’est par la considération dont on environne le Clergé, et par l’ influence salutaire qu’il exerce dans les rapports intérieurs de chaque diocèse, que l’on onderai sur les bases actuelles la régénération de la nation, et qu’on aura, pour ansi dire, en main le fil auquel se ratâche ce grand événement.

Il est inutile d’observer ici, que dans l’état actuel des choses, c’est par ce moyen seul qu’on peut favoriser d’un part l’ élévation des hommes qui doivent être écoutées; et entretenir de l’autre le respect et la confiance du peuple envers ces derniers.

Quelques soient les chances des événements, soit que la situation actuelle de notre pairie ait à se maintenir inaltérable pour des longues années, soit que la Grèce ait à subir une crise, il est toujours d’un grand intérêt.

le. Que la Nation soit entièrement dévoué à son Eglise et que par là, le peuple de chaque contrée soit porté naturellement à reconnaître et à chérir les chefs, qui se trouvent avoir le plus travaillé à son bonheur.

2e. Que les Pasteurs soient, autant que faire se pourra, les organes de ce grand résultat.

3e. Que l’ instruction publique soit identifiée à celle du Clergé, que l’une ne puisse jamais se détacher de l’ autre, moins encore être en divergence.

En favorisant l’ instruction de la jeunesse, et en attirant soigneusement dans

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le sein de leurs familles les hommes formés à l’ école des Universités et du monde, il faut avoir grand soin de ne point leur permettre de se placer en opposition de l’Eglise.

C’est là une grande servile, que les Grecs jouissants de quelque crédit peuvent et doivent rendre à leur patrie. Ils y parviendront en modérant par leur ascendant les prétensions des scavante et en neutralisant les préjugés dont l’ ignorance aime à s’ environner.

Nous avons dit qu’il est d’une importance majeure de porter aux grandes diocèses des prélats éclairés et révérés par la pureté de leurs moeurs.

La seconde partie de l’ éducation morale doit avoir, pour objet la formation des hommes aux affaires de leurs pays. La meilleure école pour nous, est celle que nous offrent les peuples Chrétiens de notre religion, et les peuples libres. C’est en Russie où nous pouvons voir comment c’est de l’ Eglise que dérive la prospérité nationale et le progrès de la'civilisation.

C’est en Suisse, en Agleterre, et en Amérique, où nous pouvons apprendre par les attraits de l’ exemple la science et l’ art de la liberté.

La liberté est une science parcequ’elle se fonde sur des principes; elle est un art; parceque la doctrine la plus élevée ne vaut pas une bonne action et parcequ’en affaire tout est action. Il faut donc se trouver au milieu des hommes libres pour apprendre à être libre et par le principe et dans le fait. Il faut vivre quelque temps au milieu d’une nation éminément chrétienne et religieuse et par là prospérante, pour apprendre à être religieux par sentiment autant que par discipline.

Les hommes influens de notre patrie devraient donc ne point perdre vue de ces observations, et en les adoptant faire en sorte que quelques jeunes gens parmi les nôtres reçoivent une bonne éducation en Russie, en Suisse, en Angleterre, et en Amérique.

Le commerce leur offre une occasion très propice: parmi ces jeunes gens on pourrait choisir ceux qui donnent les plus grandes espérances par leurs talens autant que par leurs moeurs, et les faire voyager quelque temps dans les pays que nous venons de mentionner. Un fois formés à ces grandes écoles il faudrait les faire revenir chez eux, et leur donner de l’ ouvrage, soit en leur conférant des soins publics, soit en leur témoignant de la confiance.

La plus grande partie des Grees qui se sont distingués dans 1’ étranger en regagnant leurs foyers se trouvent déplacés et hors d’oeuvre, frappés d’ennui et de déconsidération, ils s’impatientent, ils cherchent ailleurs l’ existence qu’ils ne peuvent pas trouver dans leur pays; ils le quittent, ils sont perdus pour la patrie. Le grand point est de les conserver et de les faire travailler pour elle. Cette question en théorie semble d’une immense difficulté; l’homme n’existe que d’une intérêt; le grand art consiste à lui en faire retrouver un, et associer cet intérêt à l’

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intérêt de tous.

Or, il n’y a pas de village que n’offre une masse d’intérêts sourtout pour des hommes qui sont doués d’une grande sensibilité et de beaucoup d’imagination, et lorsque l’histoire nationale peut émouvoir l’une et nourrir l’autre.

En s’ occupant d’une partie du service de notre patrie, les hommes à bonne volonté peuvent lui être d’une grande utilité, soit en favorisant l’ éducation, pour ainsi dire, politique des jeunes gens à grandes espérances, soit en utilisant ceux qui les auront réalisées par leurs soucis durant leurs voyages dans l’ étranger.

Ces deux branches du service national demandent un point de contact, un centre commun d’oû elles partent. Ce sont les hommes éclairés à bonne volonté, et sincèrement chrétiens parmi nous, qui peuvent devenir le centre. En donnant constamment à tous nos efforts cette direction droite et morale nous ne manquons à aucun des devoirs, que chacun de nous a contractés envers l’ ordre qui existe dans le pays, où se trouvent ses foyers, et le tombeau de ses pères; et nous remplissons en même temps loyamment et honorablement tous les devoirs que nous impose notre sainte religion. Elle nous commande l’amour de nos semblables, à plus forte raison celui de nos compatriotes.

Le jour où nous sortirons de cette ligne, lorsque nous embrasserons une doctrine différente, nos sacrifices ajouteront aux malheurs de notre patrie.

Il ne s’agira plus de bien public, c’est à l’ ambition et à la vanité de quelques individus, qu’on fera encore servir les intérêts de notre terre natale.

Nous espérons d’être à l’abri de ce grand danger; les suites de nos erreurs pèsent encore sur nos têtes.

«Τέκνα της Αγίας Μητέρας μας Εκκλησίας, είμαστε όλοι αδελφοί· συνδεμένοι με τις κοινές συμφορές, είμαστε όλοι διατεθειμένοι ν’ αλληλοβοηθούμαστε· φωτισμένοι από την εμπειρία των λαών μας, διαπλασμένοι έκτοτε στο σχολείο των συμφορών που ήταν αυτονόητες και που μας καταπονούν, φτάσαμε ήδη σε κάποιο βαθμό ωριμότητας, γιατί όλοι εξίσου διακατεχόμαστε από την ευτυχή πεποίθηση, ότι οφείλουμε ν’ αλληλοβοηθούμαστε, χωρίς ν’ αποκοπούμε όμως από τις αρχές που καθιέρωσε η ηθική της ιερής αυτής θρησκείας, και που μόνο σ’ αυτή οφείλουμε το ότι υπάρχουμε σαν έθνος, ότι υποφέρουμε σαν τέτοιο, ότι έχουμε βαθειά συναίσθηση των συμφορών μας και ότι συναισθανόμαστε την ανάγκη ν’ απελευθερωθούμε για πάντα από αυτές. Η πορεία που ακολουθούμε, εδώ και μερικά χρόνια, προκειμένου να πετύχουμε το στόχο αυτό, είναι αναντίρρητα η πιο γνήσια. Έχει ως οδηγό τις αρχές του Ευαγγελίου· βρίσκεται μέσα στη φύση των ανθρώπινων πραγμάτων.

»Να κάνουμε καλό στους συμπατριώτες μας εμφορούμενοι μόνο από την

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αγάπη του καλού και χωρίς άλλο οποιοδήποτε συμφέρον να καλυτερεύουμε έτσι την τωρινή κατάσταση τους και να τους προετοιμάζουμε με τον τρόπο αυτό για τα μεγάλα πλεονεκτήματα ενός ηθικού και χριστιανικού πολιτισμού· να απέχουμε παντελώς από την ενδεχόμενη διαμόρφωση του πολιτισμού αυτού πάνω στις βάσεις ενός αυταρχικού ή περιστασιακού συστήματος, εμπιστευόμενοι το μεγάλο αυτό έργο στη θεία πρόνοια, που μόνη αυτή είναι ο ρυθμιστής των εθνών.

»Αυτές είναι σε γενικές γραμμές οι κατευθύνσεις που ακολουθούν οι Έλληνες, οι οποίοι, λόγω της αφοσίωσής τους, έχουν κληθεί στην υπηρεσία της πατρίδας μας· οι μεν εργαζόμενοι από μόνοι τους για την καλύτερη διαπαιδαγώγηση των παιδιών τους· οι δε ευνοώντας μ’ ευγενικές θυσίες τις μεταξύ μας φιλολογικές τάσεις και βοηθώντας με τα χρήματα τους τούς λιγότερο πλούσιους από τους νέους Έλληνες που φοιτούν στις ευρωπαϊκές Ακαδημίες.

»Η φιλολογική μόρφωση, παρ’ όλα αυτά, δεν είναι η μόνη την οποία έχουμε ανάγκη· η πατρίδα αναζητά και κάποια άλλη. Είναι η ηθική για την οποία τίθεται θέμα.

»Η ηθική μόρφωση πρέπει να επιδιώκεται ώστε να μπορεί να αναδεικνύει τα άξια του σεβασμού και της εμπιστοσύνης του έθνους άτομα και από την άλλη να συνηθίζει το έθνος βαθμιαία να σέβεται, να ακούει, να πιστεύει στα άτομα αυτά.

»Αν οι καιροί, όταν όλα υπόσχονταν στην πατρίδα μας το πιο τιμητικό και ευτυχές μέλλον, παρήλθαν παρασύροντας μαζί τους τις καλύτερες ελπίδες μας, τούτο συνέβη επειδή τα άτομα από τα οποία έπρεπε να έχει συντεθεί η πατρίδα, δεν ήταν ακόμη ώριμα ούτε για να ακούσουν τη σεβαστή φωνή της αλήθειας, ούτε για ν’ ακούγονται από τη μάζα των συμπατριωτών μας: Λίγα φώτα, καμιά απολύτως εμπειρία, καμιά επικοινωνία με τον κόσμο και λιγότερο ακόμη με τα ήθη, συνέθεταν την όλη κληρονομιά του παρελθόντος. Ζει κανένας δύσκολα μέσα στη φτώχεια αυτή όταν βρίσκεται στο μέσο μιας συνηθισμένης κατάστασης πραγμάτων· πως λοιπόν να απαιτήσει να ξεφύγει από αυτή, ή να δημιουργήσει μια καλύτερη;

»Το άτομο που μόλις αποτίναξε το ζυγό μπορεί να οδηγήσει γρήγορα το πνεύμα του να στραφεί σε φιλελεύθερες αντιλήψεις, αλλά προκειμένου να υλοποιήσει αυτές τις ιδέες απαιτούνται περισσότερα, θα πρέπει η καρδιά αυτού του ατόμου να είναι προικισμένη με μια φωτισμένη αγαθότητα, όπως εκείνη που μας έχει διδάξει το Ευαγγέλιο: Χωρίς αυτή δεν υπάρχει τίποτε το πραγματικά καλό.

»Οι φιλελεύθερες ιδέες είτε παραμένουν μέσα στον κόσμο ως αφηρημένες έννοιες, χωρίς να επιφέρουν αποτέλεσμα· είτε ακόμη παραμένουν το όργανο της φιλοδοξίας και του προσωπικού συμφέροντος, οπότε χάνουν όλες τους τις

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χάρες κι αντί να γίνουν αγαπητές καθίστανται μισητές στο λαό· ο πολιτισμός του δεν είναι πια δυνατό να προοδεύσει· οπισθοχωρεί.

»Ας προβούμε σε έντιμο απολογισμό των γεγονότων που σφράγισαν το μισό του αιώνα μας· ας εμβαθύνουμε με περισυλλογή στο βάθος των συνειδήσεων μας· ας προσπαθήσουμε να διεισδύσουμε σ’ εκείνες των συμπατριωτών μας, οι οποίοι βρέθηκαν σε θέση να μας παράσχουν κάποια υπηρεσία και που άφησαν σπουδαίες και μεγάλες ευκαιρίες για να την εκπληρώσουν και θα πεισθούμε βαθειά, πως αν υπήρχε λιγότερη αμάθεια από τη μια και λιγότερη έλλειψη ηθικού χαρακτήρα από την άλλη, τα πιο διακεκριμένα άτομα ανάμεσα στους πατέρες μας, έχοντας ευνοηθεί από τις περιστάσεις του καιρού μας, θα μας είχαν κληροδοτήσει λιγότερο προβληματικό μέλλον και την προοδευτική βελτίωση της μοίρας μας.

»Ωστόσο η βελτίωση αυτή έχει ξεκινήσει· το κυρίαρχο στοιχείο της συνίσταται στην πίστη που είχαν ανάμεσα μας, εδώ και μερικά χρόνια, οι αρχές που μόλις χαράξαμε. Πρόκειται να καλλιεργήσουμε τώρα με συνέπεια και σύνεση την πετυχημένη αυτή τάση των συμπατριωτών μας και να επιφέρουμε βαθμιαία ικανοποιητικά αποτελέσματα.

»Ένα από τα μέσα που παρουσιάζεται αυθόρμητα στο μυαλό, για να εκφραστούμε μ’ αυτό τον τρόπο, είναι το να συνδέσουμε σε τούτο το μεγάλο έργο τις προσπάθειες των πιο φωτισμένων και λογικών μεταξύ των Ελλήνων. Ο σύνδεσμος αυτός φαίνεται να υπάρχει, βρίσκεται στο γράμμα όπως και στο πνεύμα της χριστιανικής αδελφοσύνης· όποιος κι αν είναι ο βέβηλος χαρακτήρας με τον οποίο είναι δυνατό να θελήσουμε να την περιβάλουμε, είναι ευκταίο η αδελφοσύνη αυτή να μην αποκοπεί διόλου από το στόχο που υποδείξαμε παραπάνω και στον οποίο επίσης είναι ανάγκη να προσηλώσουμε την προσοχή. Το επαναλαμβάνουμε, οι Έλληνες οφείλουν να ασχολούνται αποκλειστικά με την ηθική και φιλολογική διαπαιδαγώγηση της Ελλάδας· κάθε άλλο αντικείμενο είναι μάταιο, κάθε άλλη εργασία επικίνδυνη.

»Το σημείο ενός ξεκινήματος, ως επίκεντρο της ηθικής διαπαιδαγώγησης, δεν μπορεί να είναι παρά η διδασκαλία του κλήρου· ο δικός μας, λόγω έλλειψης μέσων, δεν έχει δεχθεί κανενός είδους διδασκαλία· παρέχοντάς τα σ’ αυτόν θα επιτελέσουμε ένα σπουδαίο έργο. Περιορίζουμε τα μέσα αυτά στα παρακάτω:

1. Στο να προμηθεύσουμε στις κυριότερες επισκοπές τους Επισκόπους και Μητροπολίτες τους περισσότερο μορφωμένους και περισσότερο παραδειγματικούς εξαιτίας της αγνότητας των ηθών τους.

2. Στο να υποχρεώσουμε αυτούς τους αρχιερείς έμμεσα να ευνοήσουν, στα πλαίσια της δικαιοδοσίας τους, την πρόοδο των δημόσιων εκπαιδευτηρίων· ως βοήθεια θα μπορούσαμε να τους προμηθεύσουμε χρηματικούς πόρους.

3. Στο να καταδείξουμε την ύψιστη σημασία της υπηρεσίας που θα μπορούσαν να προσφέρουν στην πατρίδα, απονέμοντας τη δικαιοσύνη στα

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πλαίσια των αντίστοιχων δικαιοδοσιών τους με ευσυνείδητη αυστηρότητα και με απαρέσκεια για κάθε είδους δοκιμασία.

Η απέραντη εξουσία της Εκκλησίας, ισχυροποιούμενη μ’ αυτό τον τρόπο, θα αποβεί η σωτηρία του έθνους. Θα καταστεί μόνη αυτή, πιθανά, το λίκνο του μέλλοντος του. Αν επιθυμούσαμε ν’ αναπτύξουμε αυτή την ιδέα, θα ήταν εύκολο να καταδείξουμε ότι με την υπόληψη που περιβάλλουμε τον κλήρο και με τη σωτήρια επιρροή που αυτός ασκεί στις εσωτερικές σχέσεις κάθε επισκοπής, θα μπορούσαμε να θέσουμε πάνω σε σύγχρονες βάσεις την αναγέννηση του έθνους και ότι θα έχουμε, για να εκφραστούμε έτσι, στα χέρια την κλωστή με την οποία δένεται το σπουδαίο αυτό γεγονός.

»Είναι ανώφελο να παρατηρήσουμε, σε τούτο το σημείο, ότι στην παρούσα κατάσταση πραγμάτων, μόνο με το μέσο αυτό μπορούμε να ευνοήσουμε την ανύψωση από τη μια των ατόμων που πρέπει να ακούγονται και να διατηρήσουμε από την άλλη τον σεβασμό και την εμπιστοσύνη του λαού προς αυτά τα τελευταία.

»Οποιαδήποτε κι αν είναι η έκβαση των γεγονότων, είτε η σημερινή κατάσταση της πατρίδας μας πρόκειται να διατηρηθεί αναλλοίωτη για πολλά χρόνια, είτε η Ελλάδα πρόκειται να υποστεί, μια κρίση, υπάρχει πάντοτε μεγάλο ενδιαφέρον:

1. Να είναι το έθνος ολοκληρωτικά αφοσιωμένο στην Εκκλησία του και εξ αυτού ο λαός κάθε περιοχής να αναγνωρίσει αυτόματα και να σεβαστεί τους αρχηγούς που εργάστηκαν περισσότερο για την ευημερία του.

2. Να αναδειχθούν οι ιερείς, όσο αυτό είναι δυνατό να γίνει, τα όργανα τούτου του μεγάλου αποτελέσματος.

3. Να εξομοιωθεί η δημόσια εκπαίδευση με εκείνη του κλήρου, η μια να μην μπορέσει ν’ αποδεσμευθεί ποτέ από την άλλη, λιγότερο ακόμη να βρεθούν σε διαφωνία.

»Ευνοώντας την εκπαίδευση της νεολαίας και προσελκύοντας με επιμέλεια στην αγκαλιά των οικογενειών τους τα διαπλασμένα στα σχολεία του πανεπιστημίου και του κόσμου άτομα, θα πρέπει να φροντίζουμε πολύ μη επιτρέποντας σ’ αυτά να παίρνουν αντίθετη απέναντι στην εκκλησία θέση.

»Αυτό αποτελεί μια μεγάλη υπηρεσία που οι Έλληνες με κάποια υπόληψη μπορούν και οφείλουν να προσφέρουν στην πατρίδα τους. Θα το επιτύχουν μετριάζοντας με την επιρροή τους τις απαιτήσεις των σοφών και εξουδετερώνοντας τις προκαταλήψεις που η άγνοια αγαπά να περιβάλλεται.

»Είπαμε ότι είναι τεράστιας σημασίας το να εγκαθιστούμε στις μεγάλες Επισκοπές φωτισμένους και σεβάσμιους, λόγω της αγνότητας των ηθών τους, ιερείς.

»Το δεύτερο μέρος της ηθικής διαπαιδαγώγησης πρέπει να έχει ως αντικείμενο την εκπαίδευση των ατόμων στις υποθέσεις της χώρας τους (στις

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κρατικές τους υποθέσεις). Το καλύτερο σχολείο για μας είναι αυτό που μας προσφέρουν οι χριστιανικοί λαοί της θρησκείας μας και οι ελεύθεροι λαοί. Στη Ρωσία μπορούμε να διαπιστώσουμε πως η εθνική ευημερία και η πρόοδος του πολιτισμού πηγάζουν από την Εκκλησία.

»Στην Ελβετία, την Αγγλία και την Αμερική μπορούμε, με τα θέλγητρα του παραδείγματος, να διδαχτούμε την επιστήμη και την τέχνη της ελευθερίας.

»Η ελευθερία είναι επιστήμη, γιατί εδράζεται μόνο πάνω σε αρχές· είναι τέχνη· γιατί η σπουδαιότερη θεωρία δεν αξίζει όσο μια καλή ενέργεια και γιατί στις υποθέσεις κάθε τι είναι ενέργεια. Πρέπει λοιπόν να βρεθούμε ανάμεσα σ’ ελεύθερα άτομα για να μάθουμε να είμαστε ελεύθεροι και με τις αρχές και στις πράξεις. Πρέπει να ζήσουμε λίγο χρόνο στο μέσο ενός εξαιρετικά χριστιανικού και θρησκευτικού έθνους που ευδοκιμεί εξαιτίας αυτού, για να μάθουμε να είμαστε θρήσκοι από συναίσθημα κι όχι από πειθαρχία.

»Οι σημαίνοντες άντρες της πατρίδας μας θα όφειλαν να μη χάνουν ποτέ από τα μάτια τους αυτές τις παρατηρήσεις και υιοθετώντας τες να δράσουν έτσι ώστε μερικοί νέοι μεταξύ των δικών μας να τύχουν μιας καλής διαπαιδαγώγησης στη Ρωσία, την Ελβετία, την Αγγλία και την Αμερική.

»Το εμπόριο τους προσφέρει μια πολύ ευνοϊκή ευκαιρία: ανάμεσα στους νέους αυτούς θα μπορούσαμε, να διαλέξουμε εκείνους που προσφέρουν τις πιο μεγάλες ελπίδες με τα χαρίσματα τους και με τα ήθη τους και να τους ωθήσουμε να ταξιδέψουν για μικρό χρονικό διάστημα στις χώρες που μόλις αναφέραμε. Αφού διαπλαστούν σ’ αυτές τις μεγάλες σχολές θα έπρεπε να τους πείσουμε να επανέλθουν στην πατρίδα τους και να τους δώσουμε εργασία, είτε απονέμοντας τους δημόσια λειτουργήματα είτε περιβάλλοντας τους με εμπιστοσύνη.

»Το μεγαλύτερο μέρος των επιφανών Ελλήνων του εξωτερικού, ξαναγυρίζοντας στα σπίτια τους, βρίσκονται έξω από κάθε θέση και υπηρεσία, χτυπημένοι από ανία και ανυποληψία, ανυπομονούν, αναζητούν αλλού τη διαβίωση τους που δεν μπορούν να εξασφαλίσουν στη χώρα τους· την εγκαταλείπουν, χάνονται για την πατρίδα. Το κυριότερο είναι να τους διατηρήσουμε και να συντελέσουμε ώστε να εργαστούν γι’ αυτή. Το ζήτημα αυτό θεωρητικά μοιάζει να έχει τεράστια δυσκολία· καθίσταται εύκολο από τη στιγμή που θα το εξετάσει κανείς στην πράξη· το άτομο δεν ζει παρά για ένα συμφέρον η μεγάλη τέχνη συνίσταται στο να βοηθηθεί να το ξαναβρεί και να ταυτίσει το ενδιαφέρον του με το γενικότερο.

»Εξάλλου, δεν υπάρχει περιοχή που να μην προσφέρει μια μάζα ενδιαφερόντων κυρίως για άτομα προικισμένα με μεγάλη ευαισθησία και πολλή φαντασία και όταν η εθνική ιστορία μπορεί να συγκινεί τον ένα και να θρέφει τον άλλο.

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»Απασχολούμενοι ουσιαστικά με την υπηρεσία της πατρίδας μας, οι άνθρωποι που έχουν καλή θέληση μπορούν ν’ αποβούν πολύ χρήσιμοι γι’ αυτή, είτε ευνοώντας την πολιτική διαπαιδαγώγηση, για να εκφραστούμε έτσι, των νέων ατόμων που τρέφουν μεγάλες ελπίδες, είτε αξιοποιώντας εκείνους που θα έχουν επωφεληθεί, με δικές τους φροντίδες, κατά τη διάρκεια των ταξιδιών τους στο εξωτερικό.

»Οι δύο αυτοί κλάδοι της εθνικής προσφοράς προϋποθέτουν ένα σημείο επαφής, ένα κοινό κέντρο εκκίνησης. Οι μορφωμένοι άνθρωποι ανάμεσα μας που έχουν καλή θέληση και είναι ειλικρινείς χριστιανοί μπορούν να απαρτίσουν το κέντρο. Παρέχοντας διαρκώς, σε τούτη την προσπάθεια, αυτή την ευθεία και ηθική κατεύθυνση, δεν παραμελούμε κανένα από τα καθήκοντα που ο καθένας από μας επωμίστηκε απέναντι στην τάξη που υπάρχει στη χώρα, όπου βρίσκεται το σπίτι του και ο τάφος των πατέρων του· και εκπληρώνουμε ταυτόχρονα με έντιμο τρόπο και ειλικρίνεια όλα τα καθήκοντα που μας επιβάλλει η άγια θρησκεία μας. Μάς προστάζει την αγάπη για τους όμοιους μας, πολύ περισσότερο αυτή για τους συμπατριώτες μας.

»Τη μέρα που θα αποστούμε από τη γραμμή αυτή, ασπαζόμενοι μια διαφορετική θεωρία, οι θυσίες μας θα προσθέσουν συμφορές στην πατρίδα μας.

»Δεν θα πρόκειται πια για το γενικό καλό. Θα συντελέσουμε επιπλέον ώστε τα συμφέροντα της γενέτειρας γης να εξυπηρετήσουν τη φιλοδοξία και τη ματαιοδοξία ορισμένων ατόμων.

»Ελπίζουμε να παραμείνουμε προφυλαγμένοι από αυτό το μεγάλο κίνδυνο· τα επακόλουθα των σφαλμάτων μας βαραίνουν ακόμη πάνω στις κεφαλές μας».

1. Βλ. G. Waddinglon, A visit lo Greece in 1823 and 1824 (London 1825) σ. XXXIV - XIV. Για περισσότερα βλ. τη μελέτη του Ελ. Πρεβελάκη, Η εγκύκλια επιστολή του Ιωάννη Καποδίστρια της 6/18 Απριλίου 1819, στα Πρακτικά του τρίτου Πανιονίου συνεδρίου (1967) σ. 228-328.

109

Επιστολή προς τον Ιωάννη Βλασσόπουλο (Κέρκυρα 6/18 Απριλίου 1819)

Ευγενέστατε.

Νομίζω πρέπον εις την Ευγενειάν σας να αναφέρητε εις τον Αρχηγόν σας Κύριον Βαρόν Στρογανώφ τα όσα σας εφανέρωσα με τα έσωθεν και με την

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γαλλικήν μου επιστολήν περί της θέσεως εις την οποίαν ευρισκόμεθα τόσον διά την εκτέλεσιν των χρεών της δουλεύσεως όσον και δι’ εκείνων όπου έχομεν ως Γραικοί, και πως πρέπει να αποκριθώμεν εις την πίστιν και πεποίθησιν ην οι ημέτεροι συμπατριώται έχουσι προς ημάς. Έγραψα προς τον άνωθεν εγώ ο ίδιος, αλλά έχετε χρέος να τον ειδοποιήσητε κατ’ ευθείαν πέμπων εις αυτόν τα αντίγραφα και ζητών από τον ίδιον τας προσταγάς ας θέλει κρίνει εύλογον να σας δώση, εις τας οποίας πρέπει να θεμελειώνητε πάντοτε την οδηγίαν σας τόσον προς τον Βεζύρη των Ιωαννίνων όσον και προς τους Γραικούς, οίτινες προστρέχουσιν εις τας συμβουλάς σας διά να ωφελήσωσι με την καλήν τους προαίρεσιν την κοινήν πατρίδα.

Θέλετε εύρει έσωθεν μεταφρασμένον εις την γλώσσαν μας το υπόμνημα όπερ γαλλιστί συνέγραψα διά τας άνω ειρημένας αιτίας: και επειδή δεν έχω πλησίον μου τινά γραφέα θέλει πέμψητε εις τον Κύριον Δεστούνη το αντίγραφον του ενός και του άλλου, δηλαδή του πρωτοτύπου και της μεταφράσεως. Στοχάζομαι να εμάθητε ήδη την ιδιαιτέραν ανταπόκρισιν ην έλαβον με τον Αλή Πασσιά διά την ελευθέρωσιν των γυναικών των κυρίων αυταδελφών Μόστρα. Αύται ευρίσκονται εδώ από πολλάς ημέρας, και φαίνεται ότι ο Βεζύρης ηθέλησε να δείξη προς εμέ κατά ταύτην την υπόθεσιν και περίστασιν μεγάλην προθυμίαν και καλήν διάθεσιν. Δεν ημπορώ να σας δώσω ειδήσεις εξίσου καλάς διά τους δυστυχείς Παργινούς· ομοίως και διά την παρούσαν κατάστασιν των Ιονικών νησιών. Φαίνεται ότι η Πάργα μέλλει να παραδοθή εις τον Βεζύρη και οι δυστυχείς κάτοικοι αυτής της πόλεως διωγμένοι από την πατρίδα τους φθάνουσιν ήδη εδώ ως φυγάδες και ουδείς παρέχει εις αυτούς ούτε οβολόν της ουσίας των ούτε άλλην τινα βοήθειαν είχον ζητήσει να τους δοθή εν μικρόν και ακατοίκητον μέρος ταύτης της νήσου διά να καταστήσωσιν μίαν νέαν αποικίαν, ήτις θα ονομάζηται Πάργα. Αλλά το ζήτημά των απεβλήθη. Ημείς πρέπει μόνον να δώσωμεν καθαράν και εξακριβωμένην είδησιν τούτου του τραγικού συμβεβηκότος και να παρακαλώμεν τον Θεόν να ευσπλαγχνισθή εις το αθώον τούτο και θυσιασμένο γένος.

Παρομοίας δεήσεις πρέπει να κάμνωμεν διά τους κατοίκους των Ιονικών νησιών. Τα παθήματά των έφθασαν εις την ακμήν: και εάν η σύνεσις και φωνή τινων σεβασμίων ανδρών δεν ήρχετο εις παρηγορίαν τους, ήθελε και τούτοι βιασμένοι από την ταλαιπωρίαν (να) αφήσωσι την πάτριον γην και δύσκολον δεν ήτον να ειδήτε καταφεύγοντας εκεί εις Πάτραν και ζητώντας βοήθειαν ανθρώπους ή φαμελίας, ας εγνωρίσατε προ ολίγου παρέχοντας εις άλλους βοήθειαν.

Κρίνω περιττόν να εκταθώ εις την λεπτομερή διήγησιν πολλών πραγμάτων, επειδή υπάρχετε εις θέσιν αρμοδίαν διά να γνωρίσητε τα περισσότερα, και σας προτρέπω πάλιν να μην οκνήσητε να αναφέρητε τα όσα σας είναι γνωστά με όλην την ακρίβειαν εις τον αρχηγόν σας, όστις θέλει πράξει καθώς του φανή ευλογώτερον.

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Σας επιβεβαιώνω όσα σας έγραψα με την γαλλικήν μου επιστολήν περί της επιθυμίας όπου έχετε διά τους υιούς σας. Διευθύνατε την παρακάλεσίν σας προς τον Κύριον Βαρόν Στρογανώφ, της συνδρομής του οποίου χρειάζομαι διά να σας ευχαριστήσω: όταν αυτός μου συστήσει το ζήτημά σας, θέλει ενεργήσω διά να απολαύσητε την χάριν να θέσητε τους δύω, ει καν τον μεγαλύτερον των υιών σας, εις το σπουδαστήριον της Οδέσσας και να επαριθμηθή εις την δούλευσιν.

Ειμπορείτε να πιστεύσητε, Κύριε Βλασσόπουλε, ότι εγώ διαφυλάττω πάντοτε προς το υποκείμενόν σας την ιδίαν πάντοτε φιλίαν και αγάπην. Ακολουθήσατε να εκτελήτε τα χρέη της δουλεύσεως με τιμήν και αλήθειαν και μην απομακρυνθήτε ποτέ από τας επιταγάς της εν Κωνσταντινουπόλει πρεσβείας και ελπίσατε με βεβαιότητα καλήν επίδοσιν εις την οδόν σας.

Προ της αναχωρήσεώς μου θέλω έτι να σας γράψω με τον κύριον Παπαρρηγόπουλον, όστις ετελείωσε την καραντίνα του. Η αναχώρησίς μου δεν θέλει πολύ βραδύνει και ελπίζω να ευρεθώ τον ερχόμενον Ιούλιον, εάν θελήση ο Κύριος, εις την Πετρούπολιν. Σας εύχομαι εκ ψυχής παν αγαθόν και διαμαρτύρομαι.

1. Η επιστολή αυτή προς τον γενικό πρόξενο της Ρωσίας στην Πάτρα βρέθηκε στο Καποδιστριακό Αρχείο Κέρκυρας (φακ. 136, 3) και δημοσιεύτηκε από την Ελ. Κούκκου,

Ιωάννης Καποδίστριας, ο άνθρωπος - ο διπλωμάτης, 1800 - 1828 (1978) σ. 341-342.

110

Εισήγηση προς τον τσάρο της Ρωσίας Αλέξανδρο (Παρίσι 15/27Ιουλίου 1819)1

Le roi a daigné m’honorer d’une longue audience et de me parler en grand détail de son système administratif et de sa politique extérieure.

M. le comte d’ Artois dans une conversation particulière qu’il a bien voulu avoir avec moi, témoigna tous les regrets que lui faisait éprouver la situation actuelle de la France, et les espérances qu’il fondait encore sur le bon esprit des Français et sur l’union existante entre les grandes puissances de l’Europe.

Les ministres du roi sont venus me voir alternativement. Ils ont plaidé la cause de leur ministère,en s’ efforçant de la faire envisager comme la cause de la France et de l’Europe.

Je vais résumer ici ces entretiens.

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Audience du roi

En me comblant de bontés et après s’ être informé de ma santé et des voyages que je venais de faire pour la rétablir, le roi me demanda: "Que pensez-vous de la France?, Vous venez de parcourir quelques uns de ses départements, vous êtes à Paris. Dites-moi avec franchise, avons-nous fair des progrès depuis l’ année 1815? Est-on content de nous, ou bien a-t-on droit de nourrir des inquiétudes à notre égard?”

"Puisque v.m. l’ ordonne, je prendrai la liberté d’ observer qu’en considérant la France sous les rapports de ses intérêts matériels, elle a fait sans contredit de grands progrès depuis l’ année 1815. Mais pourrait - on en dire autant, en la considérant sous le point de vue de ses intérêts moraux et politiques?”

"Non, — reprit le roi avec vivacité. - Mais comment prétendre en si peu de temps à un si grand résultat?”

"Ce serait trop prétendre, Sire, si l’on s’attendait à voir déjà consommée l’ oeuvre de la restauration morale du peuple français et de son gouvernement représentatif. Mais ce qu’on espérait, c’était de voir avancer cette oeuvre selon les principes immuables qui semblaient avoir servi de base à son commencement".

"Les principes sont les mêmes. Ils sont et doivent être, comme vous le dites, immuables”.

Le roi parla alors longtemps des rapports intérieurs de la France, des peines qu’il se donnait pour le rallier au centre commun du gouvernement représentatif, des entraves opposées par les partis exagérés, de l’ indocilité des uns et des autres, du système du fusion qu’il suit avec persévérance et dans ces derniers temps avec succès.

"Un étranger, Sire, ne peut point en juger. Moins encore oserait - il se permettre une opinion quelconque sur une question de cette nature, lorsque c’est v.m. qui la pose. Aux yeux cependant des cabinets européens le système administratif de la France n’est plus le même depuis le mois de janvier, quelque immuables que v.m. considère les principes sur lesquels il se fonde.

En affaires, tout est action et l’ action d’un gouvernement n’est signalée que par les mesures qu’il prend. Or, la recomposition de votre ministère, Sire, à la clôture des conférences d’Aix-la-Chapelle est un fait qui annonce, ou paraît du moins vouloir annoncer, le renversement du système que le gouvernement français a suivi depuis l’ année 1815, après avoir obtenu des succès que la postérité croira exagérés, pour ne pas dire fabuleux”.

En récapitulant les faits qui viennent à l’ appui de cette observation, il m’a été facile de passer en revue les grands services que le ministère de s.m. avait rendus à la France lors des négociations de Paris de l’ année 1815, durant 1’

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occupation militaire et en tout dernier lieu aux conférences d’Aix-la-Chapelle.

Le changement de ce même ministère, les actes qui caractérisent l’ administration de celui qui le remplace, la précipitation avec laquelle ces actes se suivent et dans une direction exclusivement favorable non seulement à la masse des intérêts, mais aux hommes les plus marquants de la révolution, - tels sont les faits qui semblent commander, si ce n’est la méfiance la plus juste, du moins 1’ attention la plus soutenue de la part des puissances à l’ égard de la France.

Replacée deux fois sous le sceptre de ses rois, présentée à l’ Europe comme l’ alliée des grandes puissances et le garant solidaire de la tranquillité générale et de la paix, la France paraît dédaigner tous ces avantages et préférer l’ attitude isolée que lui donne le protocole reservé des conférences d’ Aix-la-Chapelle.

"Non, Monsieur, c’est bien le contraire qui fait l’objet de tous mes voeux et de tous mes efforts. Point d’isolement. Point d’alliances partielles. La France a contracté l’ engagement de maintenir solidairement avec les autres puissances le système conservateur que les traités sanctionnent, et elle remplira cet engagement avec fidélité, je vous en réponds”.

"Dans ce cas il reste toujours à désirer que l’opinion des autres cabinets à l’égard de la situation intérieure de la France devienne aussi rassurante pour le présent comme pour l’ avenir, qu’elle semble l’ être dès ce moment aux yeux de v.m.

Ne doutant nullement de vos intentions, Sire, vos alliés peuvent et doivent même douter des suites qui semblent se rattacher aux changements qui viennent d’ être opérés dans la composition et dans la marche de ce gouvernement.

Dès lors le sort de la France et la tranquillité générale de l’ Europe sont soncidérés à juste titre comme un grand problème que le temps seul peut résoudre, tandis que jusqu’au mois de janvier quelques données rendaient la décision de ce problème favorable aux grands intérêts de la France et de la famille européenne”.

"Je vous entends. Je vois la chose comme vous. Aussi j’ai fait tout ce qui dépendait de moi pour faire aller mon ministère sans y apporter des changements. Vous n’ignorez pas toutes les peines que je me suis données pour y faire rester le duc de Richelieu. Il a voulume quitter.

Je sens, mais avec infiniment de douleur, les méfiances que les derniers événements peuvent avoir excitées. Mais c’est le temps qui né rendra justice. Il prouvera à mes alliés que je ne dévierai nullement du système statué par les actes d’Aix-la-Chapelle et que j’en ferai autant quant à la France, en la gouvernant selon la charte et les principes de justice et de conciliation qui en font la base”.

C’est ici où le roi crut devoir justifier la nomination des pairs, la loi sur la liberté de la presse, le rappel des proscrits et une foule d’autres délibérations qu’il pense être selon la lettre de la charte et plus encore dans l’esprit d’un gouvernement représentatif.

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Voyant que dans cette longue narration le roi oubliait les mesures prises en dernier lieu relativement à l’armée, j’ai pris la liberté d’y ramener la conversation, en parlant, de l’ opinion qu’on en avait dans l’ étranger.

"La garde royale à la formation de laquelle v.m. a pris tant d’intérêt l’ année 1815, paraît être considérée maintenant par le gouvernement comme un inconvénient dont il serait bien aise de se débarrasser.

L’ armée par contre énvisagée l’ année 1815 comme le plus dangereux des héritages de la révolution, devient aujourd’hui l’ objet de toutes les prédilections du ministère et semble se reconstruire plutôt comme un instrument de politique intérieure, que comme un moyen militaire d’ordre et de tranquillité”.

J’ai développé ces deux observations, en citant les faits. Le roi après m’avoir écouté avec infiniment d’ indulgence, reprit:

"Les règlements dont vous parlez quant à la garde, ont été adoptés sous la présidence de M. de Richelieu et du consentement du duc d’ Angoulême.

On a exagéré les avantages qu’on a procurés à de vieux soldats, à des officiers distingués. D’ailleurs, ils m’ont donné et me donnent des preuves de dévouement. Je ne puis pas les abandonner au désespoir. Ce serait les forcer à devenir les ennemis du trône.

Vous restez quelques jours encore à Paris. Voyez par vous-même les choses. Parlez à mes ministres. Je ne doute point que vous n’ empropriez l’ idée la plus avantageuse de notre position. Il ne tient à coeur que l’ empereur Alexandre en juge. Son suffrage est aussi important dans le monde que son estime et son amitié me sont chères.

Mais n’ ecoutez pas le général Pozzo. Il ne nous aime plus. Il n’est plus le même à l’ égard de mes ministres”.

"Le général Pozzo, Sire, doit avant tout remplir les ordres de l’ empereur. Il doit donc s’ abstenir de toute communication quelconque qui sort des formes strictement officiells. Et nulle affaire intérieure de la France ne peut désormais faire l’ objet d’une sollicitude particulière de la part des puissances alliées. Leur attitude relativement à la France est définie par les actes d’Aix-la-Chapelle. Il en peut appartenir à aucune des puissances alliées d’en prendre une plus ou moins favorable à la marche intérieure du gouvernement français sans encourir une immense et redoutable responsabilité, sans porter atteinte à l’esprit et à la lettre des engagements renouvelés à Aix-la-Chapelle”.

"Non, je ne vous demande pas que le général Pozzo fasse l’ apologie de mes ministres. Mais je désire qu’il leur témoigne de la confiance”.

En me parlant de ses ministres, le roi me fit sentir q’il ne s’agissait que de M. Decazes.

Aussi c’est lui que s.m. m’ a recommandé de voir le plus souvent et très particulièrement. "C’est lui qui est l’homme de toute ma confiance et que j’aime beaucoup”.

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En se levant de son fauteil, le roi m’ engagea à me présenter chez lui encore une fois avant mon départ.

L’audience ayant duré presque une heure et le roi paraissant fatigué des longs discours qu’il avait faits, je n'ai pas osé reprendre la question de la garde et de l’ armée, ni ré ondre plus en détail à ce qui concerne la considération européenne dont s.m. semblait désirer que son ministère actuel ou, pour mieux dire, M. Decazes, fût environné.

Je tâcherai de m’ acquitter de ce double devoir dans mon audience de congé.

Entretien avec s.a.r. M. le comte d’ Artois

S.a.r. déplore les mesures par lesquelles la force principale du gouvernement français se trouve placée entre les mains des ennemis du trône légitime.

En développant sa pensée, s.a.r. orbserve qu’il ne s’agit pas de la charte, mais des hommes qu’on choisit pour la mettre en oeuvre.

Elle convient que la France ne peut plus être gouvernée selon les anciennes institutions. Mais elle croit que celles dont elle jouit maintenant, pourraient être avec plus de justice et de sécutité confiées à des Français qui ont donnée des preuves de fidélité et dont le sort s’identifie, pour ainsi dire, à celui de la dynastie.

En s’abstenant de toute ingérence quelconque, s.a.r. doit s’occuper de l’ avenir et s’en occupe. Elle fait des voeux sincères pour la conservation des jours du roi, son frère. Mais pour le cas où la couronne vint un jour à tomber sur sa tête, elle aime à faire connaître dès ce moment à l’ empereur de Russie sous quel point de vue elle envisage la situation actuelle des choses, quelles sont les améliorations qu’elle croirait de son devoir et de sa conscience d’y apporter, comptant sur le bon esprit du peuple français, sur l’ union et l’ accord de.s grandes puissances alliées et en particulier sur l’ amitié bienveillante de l’ empereur Alexandre.

Situation actuelle. "Les hommes de la révolution occupent le terrain. Ce sont eux qui semblent nous tolérer et faire grâce aux Français qui ont partagé avec nous les malheurs du temps. Ces gens ne seront jamais les amis du gouvernement légitime”.

Amélioration. "Les anciens serviteurs de la couronne, les grands propriétaires, les hommes ayant des principes moraux et de la religion, - telle est la classe dont il importe d’environner le trône. C’est alors au gouvernement à lui agréger graduellement et progressivement ceux des hommes de la révolution qui sont les plus modérés et qui peuvent le plus facilement s’unir à nous.

Si l’on avait suivi cette marche qui est la plus légale et la plus droite, il n’y aurait peut-être à cette heure plus de partis. La France serait redevenue une seule

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et bonne famille”.

Bon esprit du peuple français. "Le peuple est étranger à toutes les questions qui agitent les salons de la capitale. Il veut la paix et un bon gouvernement. Dès que le gouvernement est bon, le peuple ne se mêle plus de savoir à qui il est confié ou si celui qui gouverne, appartient à l’ ancienne magistrature ou à la nouvelle”.

Accord et union des grandes puissances. "Le jour où l’ influence étrangère interviendra dans les affaires intérieures de la France, dans des vues intéressées, la France est perdue et la tranquillité générale sera troublée pour de longues années. Mais l’ influence collective des puissances alliées ne peut point être intéressée, surtout si leur union est cimentée par les principes que professe l’ empereur Alexandre.

C’est de son amitié que la France attend son salut à venir. Pour le présent même ses conseils pourraient opposer une digue au torrent révolutionnaire qui nous menace”.

En répondant à ces ouvertures, je n’ai pas manqué de remonter à l’ époque où l’ exagération du parti le plus dévoué à la cause du trône avait provoqué les mesues que s.a.r. déplorait et qui donnaient en effet un ascendant outré aux hommes de la révolution.

Passant ensuite au plan d’amélioration dont Monsieur venait de tracer les contours, j’ai pris la liberté de lui observer que sa base quoique fondée en justice, ne paraissait pas assez étendue, eu égard à la grande masse d’ intérêts qu’elle devait rassurer et garantir.

J’ajoutai que le peuple français semblait en effet être très étranger à toutes les questions dont s’occupaient les journaux, mais qu’on pourrait également le croire étranger aux sentiments d’amour et de dévouement envers.son gouvernement; que pour s’en convaincre, on n’avait qu’à examiner sa démoralisation, les principes desquels elle dérivait, et les circonstances qui avaient en quelque sorte sanctionné ces mêmes principes sous le régime de la légitimité.

Un pareil peuple peut être poussé très aisément aux délires révolutionnaires. Il se trouverait dans son élément. Par la même raison il semble difficile qu’on puisse le porter à des sacrifices, si le maintien de la royauté légitime pouvait un jour lui en demander.

J’ai terminé ma réponse en observant que l’ accord et l’union intime qui existaient maintenant entre les grandes puissances, donnaient sans contredit la meilleure, si ce n’est la seule garantie du repos général. La France est laissée à elle-même. Il dépend d’ elle de prendre part au système conservateur que les conférences d’Aix-la-Chapelle viennent d’affermir. Il lui est réservé d’en jouir. Mais il ne lui sera jamais permis de le troubler. L’alliance générale est là. Elle s’y opposera de toutes ses forces.

Telle étant la nature des engagements que les puissances ont contractés, la

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France n’a plus à craindre dans ses relations intérieures aucune influence étrangère soit intéressée, soit isolée.

Celle même qui serait collective, ne pourrait plus dans les circonstances actuelles devenir utile à la restauration qu’en s’ étayant de la bonne foi du gouvernement.

Existe-t-elle, cette bonne foi? Peut-on y compter? Les événements qui ont en lieu en France dernièrement et depuis l’année 1814, découragent le zèle le plus persévérant.

Néanmoins ce qui semble impossible et dangereux aujourd’hui, deviendra peut-être facile et salutaire un jour. L’avenir n’est pas entre les mains des hommes. Ce qui est en leur pouvoir, ce sont des intentions pures. La France a éprouvé les avantages de ces dispositions à son égard. Elle les éprouvera toujours.

C’est ici où s.a.r. a parlé des sentiments qu’elle a voués à l’ empereur.

Après quelques instants de silence elle a repris la parole pour détailler les fautes très graves des siens, c’est-à-dire des royalistes. "Je concois très bien que tout ce qui s’est passé et se passe en France nous enlève la confiance des puissances européennes. Mais nous avons besoin de leur indulgence et surtout de leurs bons conseils. Je dis puissances parce que je sais que votre empereur ne veut jamais qu’on parle de lui seul. Mais c’est pourtant à lui seul que nous devons les espérances d’un meilleur avenir et c’est lui qui est appelé à contribuer à leur accomplissement.

En lui présentant mes hommages, rendez-lui compte des voeux que je forme”.

Entretiens avec les ministres

Les ministres sont venus me voir séparément. Notre conversation a commencé toujours par des lieux communs. Tout en tâchant d’écarter les questions du jour et celles de la France, il n’a été impossible de leur échapper sans affecter une retenue qui pouvait donner lieu à plusieurs fausses interprétations. Ces questions donc furent traitées.

J’ai plus écouté que parlé. Le peu d’ observations que j’ai dû faire, semble avoir mérité quelque attention de la part des ministres. Ils y sont revenus.

Ce serait trop long que de rendre compte de ces entretiens en détail. Je les résumerai, en les rapportant aux objets auxquels chacun des ministres voulait évidemment les faire aboutir.

Le premier de ces objets. C’est la considération et la confiance des puissances européennes que les ministres ambitionnent ou semblent du moins ambitionner.

Le second - c’est de nous persuader que la France placée sous la puissance de ses institutions, est et demeurera pour de longues années un Etat éminemment et

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nécessairement pacifique.

Le troisième — que le système actuel n’a pour objet que le maintien et l’ affermissement de la légitimité du trône et de la dynastie régnante.

Ad primum

Les ministres avouent sans hésitation que ce n’est que depuis le mois de janvier que le gouvernement français a pris loyalement et décidément le caractère qui seul peut l’ affermir sur une grande base, sur celle des intérêts de la nation. Ils déclarent d’y avoir contribué et d’y travailler de tous leurs efforts. Ils prétendent que la tranquillité intérieure, que la stabilité du trône commandaient au gouvernement français de se livrer avec un entier abandon à la nation ou, en d’autres termes, aux hommes qui peuvent parler et agir en son nom et dans son esprit.

En partant de ce principe, ils justifient toutes les mesures prises par l’administration et par les chambres dans ces derniers temps, et ils s’en félicitent.

A la suite de ce tableau viennent les observations politiques; l’ Europe, veut-elle une France heureuse, tranquille et forte de l’ unanimité des opinions comme de la garantie de tous les intérêts? Ou bien, veut-elle voir le gouvernement entre les mains d’une minorité impuissante et nullement en état de lutter contre la grande majorité du peuple français?

Si les travaux du ministère et des chambres ont produit durant la session qui vient d’être terminée de bons résultats, des résultats auxquels on ne pouvait même s’attendre, pourquoi douter de l’avenir?

N’en doutant pas, pourquoi les puissances alliées refuseraient-elles leur confiance au ministère actuel?

Réponse. Si les puissances doivent former une opinion sur la situation intérieure de la France, elles ne peuvent la fonder que sur l’expérience du passé.

Or, supposons que la France fût placée l’ année 1815, et durant l’ occupation militaire dans l’ attitude oùelle se trouve depuis le mois de janvier, aurait-elle obtenu les grands avantages que lui procurèrent l’ estime et la confiance qu’a su inspirer son gouvernement d’ alors?

Si la confiance d’alors était véritable et réelle, le gouvernement français d’aujourd’hui ne peut plus y prétendre, à moins qu’une longue série de faits ne dépose pour l’ impartialité de ses intentions, pour la justesse de ses combinaisons et pour la solidité de son système.

Jusque là, la question se présente en ces termes: dans l’hypothèse que le nouveau système adopté au mois de janvier élève de quelques degrés la puissance intérieure du gouvernement, il lui fait perdre dans une proportion parfaitement égale de l’ influence extérieure qu’il avait acquise et dont il fit un honorable usage dans les conférences d’ Aix-la-Chapelle.

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J’ ai démontré cette proposition, en présentant dans tout son jour l’ action pernicieuse qu’exerce sur l’esprit des peuples la propagation des doctrines subversives, colportées, par les journaux livrés aux abus les plus scandaleux de la liberté de la presse. Je me suis d’abord arrêté à ce fait seul, n’ayant pas cru de ma compétence de discuter la question dans ses rapports intérieurs.

M. ,1e marquis Dessolles dns un second entretien est revenu sur cette thèse et a beaucoup instisté afin de connaître mon opinion justement dans la partie que je lui avais déclaré être hors de ma compétence.

"Nous tâchons d’ effacer les souvenirs du passé et de donner à la nation toutes les garanties qu’elle a le droit de nous demander à cet égard. Le gouvernement marche sans difficulté. Jamais la paix et la prospérité intérieure n’a été plus générale, ni plus complète. Vous avez eu lieu de vous en convaincre, en parcourant nos provinces. Que peut-on désirer de plus? Comment pourrionsnous mieux contribuer à l’ afermissement du système européen?”

"Je vous le répète encore une fois, M. le marquis, il ne nous appartient point de révoquer en doute les faits dont vous ne faites l’honneur de me parler. Moins encore pouvouns-nous en juger avant le temps.

Si en effet c’est à la nation et à sa partie saine et non à quelques intérêts du moment que le ministère a voué ses soins et les mesures qu’il a adoptées depuis le mois de janvier, nul doute que le monde entier y applaudira.

Mais il ne se prononcera à cet égard que lorsque le gouvernement à la tête de ses institutions aura pris une assiette forte non du nombre des intérêts personnels qu’il peut favoriser, mais des principes de morale, de justice et de prudence qu’il aura suivis dans son administration.

S’il s’ agit de reconstruire et de consolider ensuitre l’ édifice social en France, peut-on espérer d’y parvenir, en changeant, si des intérêts du jour et des vues personnelles en constituaient les éléments exclusifs?

Or, pourquoi prétendre que les puissances étrangères jugent autrement des plans qu’elles ont vu se succéder dans l’oeuvre de la restauration?

Que l’on considère avec impartialité les événements miraculeux de l’ année 1814, la catastrophe épouvantable de l’année 1815, les négociations et les résultats extraordinaires de cette époque mémorable, l’ occupation militaire et les égards dont la France a été l’ objet, les fruits qu’elle en a recueillis à Aix-la-Chapelle et finalement les changements de système qui viennent de s’opérer ici depuis le mois de janvier, et l’on conviendra que nul antécédent ne favorise la confiance que le gouvernement français semble vouloir inspirer.

Ainsi, s’il trouve à chaque occasion toutes les puissances de l’ Europe réunies sous les enseignes du protocole réservé du mois de novembre, il n’a qu’ à se dire: on a tout fait pour faire sortir la France de cet isolement dangereux et la France n’a rien fait pour s’ associer à la grande alliance. Cette tâche glorieuse vous est réservée, M. le marquis; en la remplissant, vous rendrez un grand

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service à votre partie”.

Le marquis en est convenu. "Et bien, nous allons y travailler et nous y parviendrons en peu le temps, du moins je l’espère”.

Ad secundum

"Que la France sous le régime de ses institutions est nécessairement pacifique. Le serait - elle également, si le système d’une monarchie absolue pouvait s’y établir?”

Sans contester la doctrine, j’ai pu aisément faire comprendre qu’elle ne seblait guère applicable ni au temps actuel, ni aux circonstances, ni à la nature des relations qui constituent la grande alliance européenne.

Qu’au surplus, en parlant des institutions de la France, il faut du moins attendre que le temps et l’ expérience leur donnent assez de consistance et un caractère positif. Celui qu’elles présentent, est bien loin d’offrir la garantie dont il s'agit.

Je suis entré à cet égard dans quelques détails surtout pour ne pas laisser ignorer aux ministres l’ impression qu’avait produite dans l’ étranger la précipitation avec laquelle on réorganisait l’ armée, l’ esprit dans lequel on la réorganisait, l’ exaltation qu’on donnait à cet esprit par les égards et par la prédilection qu’on témoignait aux soldats et aux capitaines qui avaient servi avec zèle un gouvernement conquérant et envahisseur.

"On pense que vous remontez la machine militaire de Bonaparte. La France en a-t-elle besoin? Sa tranquillité intérieure, vous demande-t-elle ce moyen repressif? Donc votre système n’a pas le suffrage de la nation. Ou bien, en devançant le temps et les événements vous jugez nécessaire de constituer de l’armée une puissance qui rend à volonté secondaire celle de la royauté.

Voulez-vous vous servir de l’ armée dans l’ extértieur et où est donc la garantie qu’offrent vos institutions? Comme doctrine elles constituent de la France un Etat éminemment pacifique. Mais dans le fait convenez qu’elles ont une apparence bien contraire”.

Ad tertium

Cette discussion nous a amené plus d’une fois à celle qui regarde l’ affermissement de la dynastie actuelle.

Les ministres se sont efforcés à me persuader que leur travail principal avait pour objet de préparer un règne facile au successeur de Louis XVIII.

M. Decazes s’est cru plus particulièrement appelé à soutenir cette thèse, et à l’ étayer d’ arguments politiques.

Après l’ avoir écouté, je lui ai demandé: "Etes-vous bien sûr de rester le maître des instruments que vous préparez dans cette intention? Lorsque vous

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    L’éducation littéraire n’est cependant pas la seule dont nous avons besoin; la patrie en reclame un autre. C’est de la morale dont il est question.

    L’éducation morale doit se proposer pour objet de mettre d’une part en évidence les hommes dignes du respect et de la confiance de la nation, et d’habituer de l’autre graduellement la nation à respecter, à écouter, à croire à ces hommes.

    Si les époques où tout promettoit à notre patrie l’ avenir le plus honorable et le plus heureux sont passées en emportant avec elles nos meilleures espérances, c’est que les hommes dont cette patrie, devait se composer, n’ étaient pas encore faits ni pour écouter la voix auguste de la vérité ni pour être écoutés de la masse de nos concitoyens: peu de lumières, nulle expérience, point d’usage du monde et moins encore de moeurs, constituait toute notre patrimoine d’alors. On existe mal dans cette pauvreté de moyens lorsqu’on est au milieu d’un état de choses habituelles; comment donc prétendre d’en sortir, ou d’en créer un qui soit meilleur?

    L’homme qui vient de secouer le joug, peut porter rapidement son esprit à des conceptions libérales, mais pour rendre ces idées pratiquées it faut plus, il faut que le coeur de cet homme soit doué d’une bienveillance éclairée, telle que cette que nous est enseignée par l’ Evangile: hors de là point du bien réel.

    Ou les conceptions libérales restent dans le monde des abstractions, et alors elles demeurent sans effet; ou bien elles deviennent l’ instrument de l’ ambition, et de l’ intérêt personnel; alors elles perdent tous leurs attraits, au lieu de se faire chérir elles se font détester par le peuple; sa civilisation ne peut plus avancer; elle recule.

    Rendons nous compte loyamment des évènemens qui remplissent la moitié de notre siècle; déscendons avec recueillement dans le fond de nos consciences; serutons celles de nos compatriotes qui se sont trouvés à même de nous rendre quelque service, et qui ont manqués les belles et grandes occasions de s’en acquitter, et nous serons profondement convaincus que, moins de l’ ignorance d’un part et ce défaut de caractère morale de l’autre, les hommes les plus distingués parmi nos pères favorisés par les circonstances de leurs temps, nous auraient légués des destinées moins problématiques, et l’amélioration progressive de notre sort.

    Cette amélioration néanmoins commence? son élement principal consiste dans le crédit qu’ont eu parmi nous, depuis quelques années, les vérités que nous venons de retracer. Il s’ agit maintenant de cultiver avec suite et sagesse cette heureuse tendance de nos compatriotes, et de la porter graduellement à des résultats satisfaisants.

    Un des moyens qui se présente pour ainsi dire spontanément à l’esprit, c’est celui d’associer à cette grande oeuvre les efforts des plus éclairés et des mieux